Correspondances




La nuit a froid sans nous, sans nos lèvres enflammées

Le ciel se meurt d’ennui dans l’absence des amants bleus

Et les nuages singeant les corps maigres et nus,

Tombent en poussière comme un tissu oublié dans le grenier de Dieu,

Pauvre étole d’or, souvenir douloureux.

Les sentiers dégoulinent leur boue infâme

Et les champs d’azur pourrissent à même la terre.

Quelque part, un homme lit peut-être ou les écrit

Ces mots au profond parfum de passion ;

Loin, moi, sa femme, son amour,

J’étouffe dans un anneau maudit.

Le silence étend déjà son règne de cendre,

L’horrible silence, souffle de l’absence éternelle

Qui crie, hurle et écorche les âmes hier encore si belles :

Deux cœurs en berne flottent au vent d’un été assassin.



Et je voudrais partir si loin que personne ne pourrait plus rien pour moi. Car si on ne peut plus rien pour moi, c’est en bien comme en mal.

Je voudrais m’endormir si longtemps que je ne reconnaîtrais plus le monde où je vis. Je voudrais m’endormir, un rêve entre les dents….et l’emporter jusqu’à demain ou peut-être un peu plus loin….

J’aimerais tant que mes yeux ne puissent plus voir les larmes. J’aimerais, oui, j’aimerais que le monde m’oublie. Mais peut-être est-ce moi qui doit me faire oublier du monde….j’aimerais m’endormir une étoile sur le cœur.

Ne plus penser compliqué ; ne plus penser à tort et à travers des guerres et des rengaines. J’aimerais m’endormir dans un dernier rayon d’amour vrai et puis partir si loin que personne ne pourrait plus rien pour moi.

Alors, je prie pour toi, pour elle, pour eux. Je prie la nuit et le jour, la pluie et le beau temps. Je prie la terre qui a mal et qui est toute rouge de honte. Je prie les montagnes si bleues et les cimes si blanches. Je prie la mer si sale et qui vomit nos restes sur le sable qui crisse. Je prie l’air où le soleil n’en finit plus de bouillir et les nébuleuses qui s’enrhument de nos fumées pestilentielles. Je prie les hommes qui n’ont plus leur tête et les bêtes si belles mais qui ont du mal à nous supporter. Je prie et le silence répond à chaque fois….

J’aimerais m’endormir maintenant et ne pas voir ce morceau de moi qui s’en va à jamais dormir dans d’autres vies. J’aimerais emporter une seule brique de cette maison qui s’envole. J’aurais tellement voulu entrelacer mes racines à celles de mes ancêtres. J’avais tant attendu de rejoindre la fraîcheur des sources souterraines qui irriguent ma campagne. Il en sera autrement. J’irai planter ailleurs, parmi d’autres cailloux, pierres craintives et revêches, mes maigres radicelles. Peut-être prendront-elles vigueur. Mais un jour, je reviendrai là, dans ce jardin calme et doux où tu dors depuis si longtemps maintenant. Je viendrai me mêler à toi au-dessous de la terre et ensemble nous donnerons encore tant de nous que de petites fleurs jailliront dans ces rocailles arides. Je ne peux oublier que tous mes mots naissent de toi. Si j’ai aimé écrire ou dessiné et même joué de ce violon, c’est grâce à cet héritage d’amour que tu m’as laissé. Un homme, cet homme sans âme et sans cœur, un jour, t’appela sage et eut ce rire si déplacé alors que nous étions à te pleurer. Ce fut la seule fois de sa vie qu’il prononça une vérité. Tu avais la sagesse des âmes bonnes, de ces âmes qui laissent toujours une chance de montrer qu’ils étaient dignes.

Je partirai loin mais je reviendrai dormir près de toi au paradis des cœurs aimants.

Je voudrais m’endormir avec ton rêve entre les dents, grand-père.

Tant de choses n’ont pas été dites, tant de choses auraient dû arriver quand tu étais encore là…tu l’aurais tellement aimé : il a les yeux si bons. Et je sais que tu connais son âme mieux que moi. Alors, cette nuit aussi, je prie pour lui parce que je sais que tu veilles quelque part dans cette immensité d’amour. Je ne prie pas pour moi, mais pour eux tous et pour lui. Je te prie pour que nous ayons une chance de danser avec toi dans ce paradis perdu sur la terre.

Donne-moi de m’endormir avec ce même rêve de bonté entre les dents et que tu m’as enseigné tant de fois dans tes longs silences et tes regards débordants de tendresse. Laisse-moi partir ailleurs, un peu, le cœur léger de n’avoir pas trahi ma terre et mon nom. Je reviendrai, je reviens toujours, tu le sais. J’emporterai la maison dans mon cœur. Il faut que je m’envole. Je sais que tu comprends et que ces briques que je chéris, je ne les oublierai pas. Elles font déjà le bonheur dans d’autres yeux. Je dois partir bâtir ailleurs un nid aussi doux et aussi rempli de bonheur que celui où j’ai grandi. Il est temps que ta petite hirondelle vole.

Je voudrais tant m’endormir avec ce rêve entre les dents pour mieux revenir et mourir enfin.

 
Margod

.......

le 10/05/2006 à 17h53
La jeune Tarentine

Pleurez, doux alcyons ! ô vous, oiseaux sacrés,
Oiseaux chers à Thétis, doux alcyons, pleurez !
Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine !
Un vaisseau la portait aux bords de Camarine :
Là, l'hymen, les chansons, les flûtes, lentement,
Devaient la reconduire au seuil de son amant.
Une clef vigilante a, pour cette journée,
Sous le cèdre enfermé sa robe d'hyménée
Et l'or dont au festin ses bras seront parés
Et pour ses blonds cheveux les parfums préparés.
Mais, seule sur la proue, invoquant les étoiles,
Le vent impétueux qui soufflait dans les voiles
L'enveloppe : étonnée, et loin des matelots,
Elle crie, elle tombe, elle est au sein des flots.

Elle est au sein des flots, la jeune Tarentine !
Son beau corps a roulé sous la vague marine.
Thétis, les yeux en pleurs, dans le creux d'un rocher
Aux monstres dévorants eut soin de le cacher.
Par ses ordres bientôt les belles Néréides
S'élèvent au-dessus des demeures humides,
Le poussent au rivage, et dans ce monument
L'ont, au cap du Zéphyr, déposé mollement ;
Et de loin, à grands cris appelant leurs compagnes,
Et les Nymphes des bois, des sources, des montagnes,
Toutes, frappant leur sein et traînant un long deuil,
Répétèrent, hélas ! autour de son cercueil :
" Hélas ! chez ton amant tu n'es point ramenée,
Tu n'as point revêtu ta robe d'hyménée,
L'or autour de tes bras n'a point serré de noeuds,
Et le bandeau d'hymen n'orna point tes cheveux. "

André Chenier

bribes d'une nuit bizarre

le 07/05/2006 à 03h40



Mots que je chéris le jour, qui me maudissez la nuit, je suis succube de vos charmes. Mystérieux compagnons, habiles courtisans ou sévères juges, en vos mains ma vie se déroule songes emmêlés aux vérités. De vagues terreurs en terrifiantes vagues, je dérive sur les flots déliés et sombres qui m’emportent vers des continents insondables. Mes cales enflent et ne cesse de s’arrondir sous la douleur incoercible. Apparaissent des îles chatoyantes où un ara qui rit invite les marins perdus. Les plages sont des déserts lunaires où je trouverai peut-être la tranquillité. Syllabes et consonnes, je cherche quelqu’ombre salutaire. Alors vous me peignez les hommes avec des ailes repliées comme de solides boucliers. La conque marine s’empourpre de mon sang devenu vin. Les fonds comme tentacules appellent à sombrer. Un mirage de bonheur s’agite parmi les coraux qui sont mille petits bras Mais là-bas, dans un coin de raison, demeure encore quelque vestige des joies qui firent quelques jours. Je me souviens, mais est-ce si lointain, d’un visage où la lumière jouait aux ombres chinoises sous les tilleuls nus. D’une main je brisais l’harmonie d’une nature innocente. Aurais-je su, que jamais je n’aurais envahi l’œuvre qui se dessinait sans prétention.

Ce n'était qu'un rêve fugace....un cauchemar déguisé....nuit étrange..................

Margod

3 h 37

07/05/06

Saintes obscurités

le 06/05/2006 à 19h22



Ô saintes obscurités
Mes espoirs s’agenouillent
Une vie se dépouille
En aurez-vous pitié ?
 
Vos profondeurs d’ébènes,
Béantes sur le silence sacré
Invitent les âmes égarées
Comme le faisaient les sirènes.
 
Vos secrètes immensités
Comme énormes murailles
Fendront-elles leurs entrailles
Dans un élan de charité?
 
Ô saintes obscurités
Temple des cœurs affligés
Une vie va naufrager
En aurez-vous pitié ?

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