Correspondances

un soir ainsi....

le 16/11/2005 à 22h11
 

SECRET DESIR

 

Il y a dans un lieu secret une forêt sombre

Où une source ne demande qu’à jaillir.

Il faut y venir le soir, à l’heure de la pénombre

Des mots à peine soufflés par le désir, prêt à défaillir.

 

Le vent qui la parcourt est la caresse de ton souffle

Et le frémissement des arbres, les frissons de ma peau.

Viens, reviens, il meurt de toi ce paradis qui camouffle

Les noces des nuits douces, le calice et le pipeau.

 

Margod

anima animus

le 16/11/2005 à 11h24

Bachelard : "Poétique de la rêverie.

«  C'est à l'animus qu'appartiennent les projets et les soucis, deux manières de ne pas être présent à soi-même. A l'anima appartient la rêverie qui vit le présent des heureuses images. Dans les heures heureuses, nous connaissons une rêverie qui se nourrit d'elle-même, qui s'entretient comme la vie s'entretient. Les images tranquilles, dons de cette grande insouciance qui est l'essence du féminin, se soutiennent, s'équilibrent dans la paix de l'anima… La rêverie pure, comblée d'images est une manifestation de l'anima… En tous cas, c'est dans le royaume des images que, philosophe songeur, nous cherchons les bienfaits de l'anima. Les images de l'eau donne à tout rêveur des ivresses de féminité… mais le philosophe au travail, dans la clarté lumineuse du jour, suit les chemins que dessine l'animus : je ne suis pas le même homme selon que je lis un livre d'idées où l'animus se doit d'être vigilant, tout prêt à la critique, à la riposte, ou bien si je lis un livre de poète où les images doivent être reçues dans une sorte d'accueil transcendantal des dons. »

C’est de cette pensée que je démarre ma tentative de désintoxication. Dans ma petite vie tranquille, il y a un peu moins d’un an, la raison mais appelons-la plutôt l’ordre établi, régnait en maître absolu. Mes préoccupations étaient celles de tout un chacun, c'est-à-dire accomplir mon travail, entretenir de très bonnes relations avec ma famille, répondre aux attentes du monde qui est le mien et ce du mieux que je pouvais. J’avais des connaissances qui me divertissaient, je participais à une vie mondaine, je plaisais à tous. Soyons honnête, il est toujours agréable de recevoir des compliments tant qu’ils sont décents. Donc toute ma vie avait un réglage précis, comme un rouage parfait qu’on contrôle à tout instant. Voilà sans doute l’atout majeur des ces jours-là : je contrôlais tout ce que je connaissais et laissais à certains le contrôle sur moi. A cette heure, plus rien de ceci n’a de stabilité, je nage dans des eaux peu sécurisantes parce que pas dominées. J’ai permis à un être d’y pénétrer et il a provoqué une révolution au sens propre comme au sens figuré.

Aujourd’hui, j’ignore le sens même premier de ce mot : contrôle. J’ai comme l’étrange sensation que mes sentiments pour un humain, ont pris les commandes de mon esprit, de mes sens, de ma capacité à gérer mes émotions, à me plier aux attitudes d’autrefois. Je suis en continuel conflit avec ceux qui partageaient mon existence. Vu par un animus détaché, cela pourrait apparaître un bien en soi.

Alors, je me pose une question tout simple : faut-il laisser courir et se dire, comme celui qui est l’auteur de ce bouleversement, que c’est passager, que c’est du à l’effet….à l’effet de quoi ?

Et l’anima prend le dessus déjà ; je suis consciente que je ne serai plus tout à fait objective dans les lignes qui suivent. Il a suffi du seul effleurement d’un prénom par ma pensée pour que je ne sois plus tout à fait neutre. Je ne suis pas entièrement une autre et je ne suis pas non plus la même. Imagination ou passion ?

J’aurais tendance à  prétendre que l’imagination a un pouvoir sans limite, mais quant à rendre mon être totalement dépendant de l’autre, il doit y avoir un interstice que nous pouvons  occuper  sans que l’imaginaire y empiète…. non la passion se nourrit aussi de cet imaginé, de ce pré-déguster le jour et à vivre la nuit ou quand l'occasion le permet. Animus bouge, dompte l'anima! Pourtant qu'elle est belle cette anima... TU NE TROUVES PAS, mon amour?

Bien sûr, il s’agit du plus terrible des maux, le plus délicieux, le plus chavirant, le plus…. : l’amour. Vous voyez ! A l’ instant précis où j’écris ces mots, le rythme cardiaque  accélère, la peau a une réaction frissonnante et  immédiate, la pensée n’est plus libre. Je sais qu’elle n’est plus libre, plus complètement. Je réalise chaque pas, chaque mouvement en fonction d’un être qui est pourtant loin. Il envahit d’une manière ‘obsédante’ le rythme de ma journée.

De nouveaux doutes fusent : ma vue diffère-t-elle à présent, mes centres d’intérêt vont-ils vers d’autres tendances ? Non, pas exactement ! J’ai les mêmes attractions qu’autrefois. Il se fait que l’autre partage beaucoup des mêmes inclinaisons : la musique, la littérature, les arts en général,  les convictions laïques ou religieuses. Certes et heureusement, nous divergeons dans l’appréhension de ces intérêts. Pourtant l’animus tente de reprendre le dessus comme s’il combattait un corps étranger que l’anima couve amoureusement.



Mais je m’éloigne de mon inquiétude première : est-il possible qu’un être me possède à ce point? Est-il concevable de désirer aussi ardemment quelqu’un sans que ce soit de la totale déraison ?  Comment peut-on attendre un seul moment de toute une journée ? Comment peut-on cesser de vouloir encore et encore entendre une seule voix et se fondre en une unique personne ?

Par exemple, si l’animus a besoin d’être vigilant pour analyser, regarder d’un œil critique et prendre du recul pour en tirer sa propre conception d’un sujet abordé, comment empêcher l’anima d’embrouiller, par de si jolies images je l’avoue,  des considérations où elle ne devrait nullement être de la partie ? Devrais-je reformater mon cerveau ? Dois-je me guérir de l’amour ? Suis-je normale ? Suis-je complètement folle ?
Voilà un petit dialogue qui m'amuse.
Anima: Je n'ai jamais été aussi merveilleusement malade. Animus: Pourtant il faut te reprendre un peu.
Anima: Pourquoi donc? Je me sens si bien et si mal à la fois; c'est divin et atroce.
Animus: Ce n'est ni concevable ni convenable! Ce n'est pas sain! Ce n'est pas ainsi que tu as été éduquée!
Anima: oui mais... C'est tellement bon! Ne peut-on pas changer?
Animus: si, bien sûr! Redeviens celle d'avant sans pour cela cesser de l'aimer.
Anima:  il ne m'aime pas comme j'étais avant. Il aime ce que je suis et qui est en moi depuis l'avant 'avant'.
Animus: Ah! Et qui es-tu ou qui étais-tu avant l'avant? Tout compte fait, dis-moi de quel avant parles-tu? L'avant 'avant lui' ou l'avant 'avant tout'?
Anima: Je l'ignore animus, je l'ignore.... UNE CORDE DE STRADIVARIUS, peut-être.....
Animus: Anima, mon anima, reviens quand tu ne l'aimeras plus! Alors tu voudras m'écouter plus sagement....
Anima: Impossible, animus! Même quand un amour meurt, on aime encore son souvenir... Tu n'es pas un excellent praticien, animus....et moi je suis une très mauvaise patiente.
J’admire celui que j’aime : je suis quasi certaine qu’il a une maîtrise complète de la situation. Il arrive parfaitement à scinder passion et raison. C’est donc à lui que je demande de m’éclairer sur la marche à suivre. Je lui demande l’antidote de l’amour, de mon amour pour lui. Et tout aussitôt, j’ai envie de lui hurler : surtout ne me le procure jamais !


"...Il suffit que nous parlions d'un objet pour nous croire objectifs. Mais par notre premier choix, l'objet nous désigne plus que nous ne le désignons et ce que nous croyons nos pensées fondamentales sur le monde sont souvent des confidences sur la jeunesse de notre esprit. Parfois nous nous émerveillons devant un objet élu; nous accumulons les hypothèses et les rêveries; nous formons ainsi des convictions qui ont l'apparence d'un savoir. Mais la source initiale est impure : l'évidence première n'est pas une vérité fondamentale. En fait l'objectivité scientifique n'est possible que si l'on a rompu avec l'objet immédiat, si l'on a refusé la séduction du premier choix, si l'on a arrêté et contredit les pensées qui naissent de la première observation. Toute objection, dûment vérifiée, dément le premier contact avec l'objet. Elle doit d'abord tout critiquer : la sensation, le sens commun, la pratique même la plus constante, l'étymologie enfin, car le verbe, qui est fait pour chanter et séduire, rencontre rarement la pensée. Loin de s'émerveiller, la pensée objective doit ironiser. Sans cette vigilance malveillante, nous ne prendrons jamais une attitude objective. S'il s'agit d'examiner des hommes, des égaux, des frères, la sympathie et le fond de la méthode. Mais devant ce monde inerte qui ne vit pas notre vie, qui ne souffre d'aucune de nos peines et que n'exalte aucune de nos joies, nous devons arrêter toutes les expansions, nous devons brimer notre personne. Les axes de la poésie et de la science sont d'abord inverses. Tout ce que peut espérer la philosophie, c'est de rendre la poésie et la science complémentaires, de les unir comme deux contraires bien faits. Il faut donc opposer à l'esprit poétique expansif, l'esprit scientifique taciturne pour lequel l'antipathie préalable est une saine précaution."

Merci Bachelard, merci!

inedit

le 13/11/2005 à 15h05
Ce poème sort de ce cahier où je suis si appliquée. Je ne l'ai jamais publié et je t'en fais cadeau.....à toi seul qui peut sans doute lui donner une quote littéraire.

S'il n'est pas bon à ton oeil, c'est qu'il n'a guère de valeur....

Ces mots-là je ne les trouve plus.... JE TE LES CONFIE..... Vincent.

 

 

Age de fer

 

Au soir, l’hiver, le père rentrant à la chaumière,

Après un dur labeur, dans le bois solitaire,

Sa hache a entaillé plusieurs troncs centenaires,

Le manche a de sa main, endurci la lanière,

Tandis que tournoyait, le bras portant le fer ;

 

Et c’est pour les enfants, attentifs et vivants,

Qu’il soutient tout l’effort d’un cœur toujours ardent.

Sur les genoux déjà ils s’affairent heureux,

Réjouissant maman et la suivant des yeux.

 

Repartant dans la brise au jour du lendemain,

C’est cette image-là qu’il emporte sur le chemin,

Qu’il garde tout le jour, présente en son esprit,

Et quand, par la fatigue, son corps est assoupi,

Quand, à grands coups portés, au cœur du bois sonore,

Il a fourbu ses bras, ses reins et tout son corps,

Et chaque soir, ainsi recommençant encore,

Il a rempli sa tâche, sans penser à la mort,

Sans penser au repos, ni aux affres du sort,

Car ce n’est pas en soi que portait son effort,

Mais au-delà du jour, au-delà du présent,

En un lieu sans espace où  l’espoir va croissant.

 

Il a pour ce destin, fait le plein de clameurs,

Et d’images de fêtes, aux lendemains trompeurs ;

Ses lambeaux de chagrins pendent aux ronces en fleurs,

Et la besace vide est légère à son cœur.

 

Demain dans le bois éclairci, au lieu des quatre bras,

Sur l’aire dégagée et ouverte autrefois,

Un monde inattendu, soudain se lèvera,

Ses voies géométriques, ses gares et ses beffrois,

Verrières éblouissantes et désertes parfois,

Dont tout l’éclat, au visage, est jeté ;

Les yeux en sont gavés et l’esprit aveuglé.

C’est un monde sans rêves, sans ombres et sans bonté ;

Un chien le traversant, ce matin, fut fauché.

Autrefois, les images habitaient la matière,

Et parfois s’échappaient de l’âme et de la pierre,

Pour dévoiler leurs traits aux yeux de la lumière,

Sans retirer de l’ombre, un brin de leur mystère.

 

La joue d’une enfant, à la courbe parfaite,

D’un jet d’eau retombait à sa source inquiète,

Et sa ligne en sifflant, très finement se trace,

Comme une aile en passant, fendant l’air et l’espace.

 

Sur l’aurore qui point, dans un ciel de cristal,

La massive apparence et l’acte vertical,

Que dresse sur la plaine, l’ombre architecturale,

A l’arrête plus vive et le front pariétal,

Tandis que du sommet de la voûte et ogive,

Descend sur l’édifice, une langueur pensive,

Et, qu’au ras des prairies, une brume lascive,

Fige dans le sommeil, maintes formes évasives.

 

N’avais-je pas rêvé, d’un éternel présent,

Et lesté tous mes rêves, pour les rendre pesants ?

Mais ils furent emportés, comme graines aux vents,

Etrangère que j’étais, aux semailles et aux ans.

 

Arwen Gernak

02-09-2005

T.D. SOGEN 2005

un rien, un tout....

le 12/11/2005 à 09h39

On aime qu'une seule fois


d'un amour conne celui-là .

une pensée....

le 11/11/2005 à 03h06

" Un baiser, mais à tout prendre, qu'est-ce ?
Un serment fait d'un peu plus près, une promesse
Plus précise, un aveu qui veut se confirmer,
Un point rose qu'on met sur l'i du verbe aimer ;
C'est un secret qui prend la bouche pour oreille,
Un instant d'infini qui fait un bruit d'abeille,
Une communion ayant un goût de fleur,
Une façon d'un peu se respirer le coeur,
Et d'un peu se goûter, au bord des lèvres, l'âme ! "
" Croyez que devers vous mon coeur ne fait qu'un cri,
Et que si les baisers s'envoyaient par écrit,
Madame, vous liriez ma lettre avec les lèvres!...

" Cyrano de Bergerac " (Edmond Rostand)


Avant de vraiment filer sous les couvertures, je voudrais te livrer ce passage et si tu passes me lire, suis ce lien , puis clique sur le format son(4,6 Mo):

: http://www.comnet.ca/~forrest/francais/corbeau.html

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