Correspondances

Visitation de l'amour.

Je veux que l'Amour entre comme un ami dans notre maison,
Disais-tu, bien-aimée, ce soir rouge d'automne
Où dans leur cage d'osier les tourterelles monotones
Râlaient, palpitant en soudaine pâmoison.
L'Amour entrera toujours comme un ami dans notre maison,
T'ai-je répondu, écoutant le bruit des feuilles qui tombent,
Par-delà le jardin des chrysanthèmes, sur les tombes
Que la forêt étreint de ses jaunes frondaisons.
Et voici, l'Amour est venu frapper à la porte de notre maison,
Nu comme la Pureté, doux comme la Sainteté ;
Ses flèches lancées vers le soleil mourant chantaient
Comme son rire de jeune dieu qui chasse toute raison.
Amour, Amour, sois le bienvenu dans notre maison
Où t'attendent la flamme de l'âtre et la coupe de bon vin.
Amour, ô toi qui es trop beau pour ne pas être divin,
Apaise en nos pauvres cœurs toute crainte de trahison !

Et l'amour est entré en riant dans notre maison,
Et nous ceignant le cou du double collier de ses bras,
Il a forcé nos bouches closes et nos yeux ingrats
A voir et à dire enfin ce que nous leur refusons.
Depuis, nous avons fermé la porte de notre maison
Pour garder auprès de nous le dieu errant Amour
Qui nous fit oublier la fuite furtive des jours
En nous chantant le secret éternel des saisons.
Mais nous l'ouvrirons un jour, la porte de notre maison,
Pour que l'Amour, notre ami, aille baiser les hommes
Sur leurs lèvres et leurs yeux - aveugles et muets que nous sommes ! -
Comme il nous baisa sur les nôtres, ce soir plein d'oraisons !
Et ce sera Pâques alors autour de notre maison,
Et l'on entendra prier les morts autour des tombes,
Et l'on verra s'essorer comme des âmes les colombes
Entre le soleil mort et la lune née à l'horizon.

Stuart Merrill

rien que tes yeux....

le 03/11/2005 à 14h38

Etrange ciel entre tes cils :

Deux meurtrières bleutées

Dans une forteresse virile

M’ont enchantée.

You

le 02/11/2005 à 21h02

C’est un petit matin d’automne, chatouillé par la pluie.

Encore une fois, j’ai ressenti, au saut du lit,

 Cette étrange langueur qui me hante depuis dix mois :

Une journée à vivre en ne pensant qu’à toi.

Ce soir, le ciel évacuera les nuages grincheux

 Et s’ouvrira avec confiance aux étoiles de tes yeux.

Ce soir, la musique envahira la nuit.

Un duo d’amoureux, c’est si joli.

Ils se racontent tout et rien, ils rient parfois,

 Ils goûtent le simple plaisir d’entendre leur voix.

Un velouté de plaisir incroyable sera notre dîner.

Je t’invite mon amour à le partager.

La nuit dernière, j’ai rêvé de nous

Et cela n’était pas chaste du tout.

Te souviens-tu combien nous osions les mots écrits ?

Maintenant, je me retrouve pudique et ridicule aussi.

 Pourtant, rien n’a vraiment changé :

Ce sont les mêmes images que celles que tu m’évoquais.

Sous mes paupières closes, j’ai pris ton corps dans le mien.

Protégée par ta peau, j’étais si bien.

Peux tu mesurer l’angle de ces ébats ?

 Non, tu n’imagines pas cela, toi…..

Sans doute sont-ce l’absence et la distance

Qui font que tu m’envahis d’une mystique présence

. Je t’aime, j’ai froid, je ris,  j’ai peur.

Que sera le jour où….. ? Partir ailleurs, là où il n’est plus de douleur…

Qu’en sera-t-il de moi, si tu me laisses en m’ignorant à jamais ?

Qu’en sera-t-il de moi, si tu me retirais même ton amitié ?

Que deviendrai-je si, pour le restant de mes jours,

Je devais vivre sans écouter tes mots d’amour ?

Alors je veux délibérément chasser les possibles trop cruels.

 Je préfère encore de loin cet amour épistolaire, virtuel,

 Invisible mais plus résistant à mes yeux

Que tous le câbles soutenant des ponts majestueux.

Face à cela, le monde entier est désarmé.

Toi seul es en possession de la cisaille qui peut le désagréger.

Toi, mon amour fantôme, mon amour interdit,

Que feras-tu de moi, quand en toi, la passion sera finie ?

Toujours pessimiste, tu me le répètes si souvent,

Peux-tu m’affirmer que cet hymen épistolaire est consistant

 Au point de prendre une place à jamais inexpugnable dans ton cœur…,

Quoi qu’il advienne, que tu t’en ailles ou que je meurs ?

Mais en attendant les heures, lentement glissent

Ce sont tes pas toujours plus proches, une ardeur et une impatience qui m’envahissent.

Mon cœur s’habille déjà de joie,

 Mon corps, que tu ne vois pas, est paré de délicate soie.

 Pour toi mon amour, ce soir, cette nuit,

Seront allumées des dizaines de bougies,

L’encens fumera dans la pièce ;

 Mon violon chantera une pièce maîtresse …

Je refuse l'impossible....

le 01/11/2005 à 00h54

Cette image n’évoque sans doute rien pour celui qui n’aime pas d’un amour impossible !

 



My secret love, vois-tu, c’est ici que je choisis de t’aimer. Tout le monde (ou pas une âme) lira et pourtant personne ne sait qui nous sommes. Ici, je nous emmène vers des ailleurs que nous aimons. Tantôt aux pieds de rochers où le ressac de vagues en tempête nous éclabousse, tantôt dans des cimes enneigées où les crevasses sont nos palais. Dans ce paradis, j’attends la tombée de la nuit. Le crissement de tes pas sur mes heures, de moi seule connu, a un pouvoir magique. La couche est toujours prête pour accueillir ton corps las. Et quand l’heure des retrouvailles sonne, nous n’osons même plus évoquer nos ardeurs. Ta voix se fait murmure, tes yeux se taisent et infiniment reconnaissante de ce cadeau, à mon tour, j’enferme les plus beaux mots d’amour que j’ai brodé pour toi durant le jour. Je redeviens l’adolescente qui s’affole d’un retard. Je transis pour une voix qui semble distraite. Je meurs à chaque fois que tu me quittes. Comment te dire tout ceci sans assombrir nos merveilleux instants ? Alors, la femme se bâillonne.  Ici, si tu me trouves un jour, toi mon amour, tu comprendras qu’il est un impossible à abattre. Venue d’autres ères, avec dans les yeux une flamme qui se maintient vive grâce à sa foi en toi, une femme n’a dans les mains qu’un esprit pour t’aimer. Bien malgré elle, elle habite une prison dorée. Les barreaux sont à peine plus drus qu’un de ses cheveux mais scellés dans un treillis dense. Tu marches au grand air, en pleine lumière. Moi, pareille aux geishas à qui on interdit l’amour, je vis à l’ombre de ton nom, de ta voix, de tes mots. Je n’ai que mon âme à t’offrir alors que mon corps te désire. Conjuration des castes. Interdits sociaux. Trop grande soumission. J’essaie, autant que je le peux, de lutter contre les aléas de ma vie. Bien souvent, je suis rabrouée pour ma déraison. Souvent, je pleure mes faiblesses. Parfois, je crois de toutes mes forces, qu’il

sera un jour où les prisons seront abolies. Je veux espérer que tu ne te lasseras pas du peu que j’offre. Je nous augure de résister au temps, aux embûches et à la lassitude qui peut te gagner. Je t’aime d’un amour dont personne ne voudrait. Je t’aime, envers et contre tous. Je t’aime infiniment et tu ignores le prix à payer. Plus les jours passent, plus nous nous attachons. M’envahit l’angoisse de l’imaginaire qui me dépasse. Et si, tu disparais de ma vie, que serai-je sans toi ?

Sais-tu seulement combien une femme  est capable d’aimer? Tu es homme de chair et tes exigences un jour seront telles que tu me quitteras. Tant de fois, j’ai prédit notre avenir, tant de fois tu m’as réconfortée. Sera-t-il ce jour où des amants qui ne se sont jamais touchés se trouveront réunis ?

start

le 31/10/2005 à 21h42

Etrange voyage que celui que j’entreprends. Je ne suis pas écrivain : souvent les mots me font défaut. Plus insoumis que moi, il me faut pourtant les chérir car sans eux, ici, le parcours est impossible. Ils aident à donner corps aux images pour les raconter, pour me raconter. Ailleurs, ils sont dérisoires, même s’ils traversent l’esprit.

Etrange, ce moi que je regarde. Au premier abord, je ne m’y reconnais pas. Un sourire de sympathie plisse mes lèvres : elle est bien douce et taciturne, la femme que je contemple. Est-ce la même que celle qui regarde les hommes s’agiter ? Est-ce celle-là même qui se lève chaque matin avec une montagne de désirs à réaliser. Est-ce moi, cette boule de pics, tout hérissés pour se défendre du  monde ? Sans doute. Eh bien, ce carcan épineux ne me plait pas. Je ne veux pas combattre le monde. Je veux que ce soit lui qui me combatte. Mais serait-ce là aussi une idée erronée ? Est-il essentiel de tenir compte de l’avis du monde ? Sincèrement, ma réponse c’est non !

Je ne le rejette pas, au contraire. Je prends bien soin de l’écouter gémir, bondir, rire ou pleurer, se perdre ou s’ennoblir. Tandis qu’il tourne, construit par tant de semblables, j’essaie d’en amenuiser les effets nocifs.

Apprendre à dire non : non, je ne suis pas les autres ; non, je ne marche pas forcément dans le courant ou à contre-courant. Mon flux et mon reflux me sont propres.

Je peux uniquement démarrer avec le peu que j’ai : je sais ce que je ne suis pas.


En toute logique, cela devrait me permettre de définir ce que je suis. Oui ou non ?

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