Impatiente, ma chemise t'attend

Il suffit d'un peu d'audace et d'un geste lent
l'ôter sensuellement, puis comme un gourmand
découvrir le noir sous le blanc.

Et puis finalement, découvrir une femme
sous des revers différents.

Impatiente, ma chemise t'attend

Il suffit d'un peu d'audace et d'un geste lent
l'ôter sensuellement, puis comme un gourmand
découvrir le noir sous le blanc.

Et puis finalement, découvrir une femme
sous des revers différents.

….Tiens l’œil fixé sur la voie du sommet, mais n’oublie pas de regarder à tes pieds. Le dernier pas dépend du premier. Ne te rois pas arrivé parce que tu vois la cime. Veille à tes pieds, assure ton pas prochain, mais que cela ne te distraie pas du but le plus haut. Le premier pas dépend du dernier.
Lorsque tu vas à l’aventure, laisse quelque trace de ton passage, qui te guidera au retour : une pierre posée sur une autre, des herbes couchées d’un coup de bâton. Mais si tu arrives à un endroit infranchissable ou dangereux, pense que la trace que tu as laissée pourrait égarer ceux qui viendraient à la suivre. Retourne donc sur tes pas et efface la trace de ton passage. Cela s’adresse à quiconque veut laisser dans ce monde des traces de son passage. Et même sans le vouloir, on laisse toujours des races. Réponds de tes traces devant tes semblables.
Ne t’arrête jamais sur une pente de terrain croulant. Même si tu crois tes pieds bien affermis, pendant que tu prends souffle en regardant le ciel, la terre peu à peu se tasse sous ton pied, le gravier insensiblement s’éboule et tu pars soudain comme un navire qu’on lance. La montagne guette toujours l’occasion de te faire un croc-en-jambe.
Si, ayant trois fois descendu puis remonté par des couloirs qui se terminaient par des à-pics (qu’on ne voit qu’au dernier moment), tes jambes se mettent à trembler du genou à la cheville et tes dents à se serrer, gagne d’abord quelque petite plate-forme où tu puisses t‘arrêter en sûreté : et rappelle à ta mémoire tout ce que tu sais d’injures, et lance – les à la montagne, et crache sur la montagne, enfin insulte - la de toutes façons possibles, bois une gorgée, mange un bouchée et remets – toi à grimper., tranquillement, lentement, comme si tu avais la vie entière pour te tirer de ce mauvais pas. Le soir, avant de t’endormir, lorsque cela te reviendra, tu verras alors que c’était une comédie : ce n’était pas à la montagne que tu parlais, ce n’est pas la montagne que tu as vaincue. La montagne n’est que roc ou glace sans oreilles et sans cœur. Mais cette comédie t’a peut-être sauvé la vie.
Souvent, d’ailleurs, aux moments difficiles, tu te surprendras à parler à la montagne, tantôt la flattant, tantôt l’insultant, tantôt promettant, tantôt menaçant : et il te semblera que la montagne répond, si tu lui as parlé comme il fallait, en s’adoucissant, en se soumettant. Ne te méprise pas pour cela, n’aie pas honte de te conduire comme des hommes que nos savants appellent des primitifs et des animistes. Sache seulement, lorsque tu te rappelles ensuite ces moments-là, que ton dialogue avec la nature n’était que l’image, hors de toi, d’un dialogue qui se faisait dedans.
Les chaussures, ce ne sont pas comme les pieds : on n’est pas né avec. On peut donc les choisir. Laisse-toi guider pour ce choix par les gens expérimentés d’abord : puis par ta propre expérience. Très vite, tu seras si bien accoutumé à tes souliers que chaque clou te sera comme un doigt, capable de tâter le roc et de s’y agripper : il deviendront un instrument sensible et sûr, et comme une partie de toi-même. Et pourtant, tu n’es pas né avec ; et pourtant, quand elles seront usées, tu les jetteras, sans cesser pour cela d’être ce que tu es.
Ta vie dépend un peu de tes souliers ; soigne-les comme il faut, mais à cela un quart d’heure chaque jour suffira, car ta vie dépend encore de plusieurs autres choses.
Un compagnon beaucoup plus expérimenté que moi me dit : « quand les pieds ne veulent plus vous porter, on marche avec sa tête. » Et c’est vrai. Ce n’est peut-être pas dans l’ordre naturel des choses, mais ne vaut-il pas mieux marcher avec la tête que penser avec les pieds, comme il arrive souvent ?
Si tu fais une glissade, une chute sans gravité, n’aie pas un instant d’interruption, mais déjà même en te relevant reprends la cadence de ta marche. Note bien dans ta mémoire les circonstances de ta chute, mais ne permets pas à ton corps d’en remâcher le souvenir. Le corps cherche toujours à se rendre intéressant par ses tremblements, ses essoufflements, ses palpitations, ses grelottements, ses sueurs, ses crampes. Mais il est très sensible au mépris et à l’indifférence que lui témoigne son maître. S’il sent que celui-ci n’est pas dupe de ses jérémiades, s’il comprend qu’il n’y rien à faire pour l’apitoyer, alors il reprend sa place et accomplit docilement sa tâche……
Extrait de ‘Le mont Analogue’ de René Daumal.
Mon cœur gisait derrière cette cotte de maille. Je t’ai permis de le prendre dans les mains. Quand tu auras pris son dernier battement, jette-le au feu, il donnera ainsi encore quelque dernière chaleur.
La forêt est en feu, profite de cette occasion propice. Et tends l'oreille quand tu entendras la seul fois où il est capable de dire combien il t'aimait. Demande au vent de te rapporter au travers de la fumée son message d'espoir.
Je t'attends au milieu de la fournaise: c'est magique! On y danse, on y danse avec les fous d'amour.
Je t’avais donné mon cœur, qu’il t’ait réchauffé un peu.
Mais pourtant l'heure vint, et tu t'en es allée, - J'ai jeté dans la nuit notre bague d'amour, - Et toi tu as remis ton destin à un autre, - Et j'ai perdu les traits charmants de ton visage.
Aleksandr Aleksandrovitch Blok

C'est admirable la constance qu'ont les vagues des sentiments humains. De grands bonheurs sont inéluctablement suivis par de sombres nuages. Pourtant on n'arrête pas le destin, surtout pas au nom de l'amour.
Chacun prendra le chemin qui l'attend. Dis-moi que le meilleur reste à venir.
Je hais la Grande-Bretagne. C'est tellement plus beau la Bretagne. Suis trop petite pour tout ce qui est grand.
Margod
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